Il était une fois, dans un lointain royaume, se tenait un petit marché où la bonne humeur était toujours au rendez-vous. Marchands et acheteurs se côtoyaient tous les jours.
Parmi eux, une jeune femme d’une beauté incomparable venait vendre des jujubes chaque année lorsqu’arrivait la saison. Elle était douce et souriante, avait beaucoup de bonté et parlait gentiment à tout le monde. Chaque matin, ses paniers de jujubes se vidaient rapidement tant ils étaient sucrés et appréciés, et il n’était pas rare qu’elle rajoutait une ou deux poignées de fruits pour les personnes qui venaient lui en acheter ou en donnait gratuitement à ceux qui n’avait pas assez d’argent. Et aussi, tout le monde lui faisait des compliments tellement elle était belle.

C’est alors qu’un jour, intrigué, le Prince du royaume décida d’aller voir de lui-même si ce qu’on disait était vrai. Accompagné de son escorte, il arriva au marché et les servants le guidèrent jusqu’à elle.

– « Votre Altesse, voilà la jeune femme dont tout le monde parle », dit le servant en la désignant de la main.

Lorsqu’elle se retourna, son regard croisa celui du Prince. Il fut dès cet instant éblouit par sa beauté. Il voula en savoir plus sur elle, son nom, de quel village elle venait, et qui étaient ses parents.

Il se hâta de rentrer au palais pour discuter avec le Roi.

– « Père, je pense avoir trouver une future épouse et reine digne pour gouverner ce royaume. Elle est non seulement d’une incroyable beauté, mais elle est aussi aimée de tous. Elle possède toute les qualités  qu’une reine devrait avoir. »

Le Roi étant déjà très âgé, était ravi que son fils trouve enfin la perle rare. Il pouvait enfin abdiquer et laisser le trône à son fils bien-aimé.

Conseillers et serviteurs organisèrent un cortège majestueux pour accompagner et accueillir la future épouse au palais. Le royaume tout entier était en fête, et une somptueuse cérémonie fut alors célébrée en l’honneur du mariage royal et à la succession du nouveau Roi et de son épouse.

Le temps passait, et la jeune Reine se consacrait pleinement à ses nouvelles tâches de souveraine, tout en profitant de sa nouvelle vie au palais.

Lorsque la troisième saison des jujubes arriva, elle eut une soudaine envie d’aller se promener à l’extérieur du palais et demanda à ce qu’on l’emmène en ville. Installée confortablement dans un palanquin, elle regardait à travers les voiles sans trop porter attention au paysage et au peuple qui se présentaient sous ses yeux. En rentrant, le cortège fit un détour au marché. Mais, en passant devant un étal de fruits, un parfum attira l’attention de la Reine qui ordonna l’arrêt du cortège. D’une mine renfrognée, elle demanda :

– « Dis-moi servante, est-ce ce fruit qui sent ainsi ? Qu’est-ce donc ? »

Surprise par ces questions, cette dernière lui répondit :

– « Des… Des jujubes, ma Reine… »

En quelques jours, de bouche à oreille, la nouvelle que la Reine ne se souvenait plus des jujubes fit rapidement le tour du palais, jusqu’à arriver aux oreilles du jeune Roi.

Il fit venir son épouse et dit :

– « Ma chère et tendre, le bruit court que vous ne vous souvenez plus des jujubes. Cette rumeur est-elle fondée ? »

– « Mon Roi, tout ceci n’est qu’une rumeur inventée de toute pièce par les servants, sans doute jaloux de ma personne », répondit la Reine, qui exigea l’emprisonnement et l’exécution de ces derniers.

Depuis cet évènement, le Roi fit plus attention au comportement de son épouse. Il remarquait qu’elle avait changé : certains mets qu’elle appréciait et qu’elle avait l’habitude de manger ne lui convenaient plus. Elle était devenue hautaine avec les servantes et les soldats, et ne se souvenaient même plus des personnes qu’elle côtoyait auparavant…

Un jour, lors d’un festin, le Roi décida alors d’organiser un jeu de devinette. Il fallait déguster et deviner, les yeux bandés, différents aliments dressés sur une grande table.

Le jeu se passa sans trop de problème et arrivée au dernier fruit, la Reine croqua alors dans celui-ci et fit immédiatement la moue à cause de son goût et de son parfum particulier. Elle chercha encore et encore sans jamais réussir à mettre un nom dessus et commença à perdre patience. Elle décida d’ôter son bandeau.

– « Mais quel est ce fruit étrange ?! » s’écria-t-elle.

Stupéfié, n’en croyant pas ses oreilles et ne sachant pas si elle faisait semblant de ne pas savoir ou si elle l’ignorait véritablement, le Roi s’adressa à son épouse :

– « Mais, ne vous souvenez vous donc plus de ces jujubes que vous aviez l’habitude de cueillir et de vendre chaque année au marché auparavant ? »

Les yeux écarquillés, elle restait sans voix et ne sut lui répondre. Déçu, le Roi quitta la pièce sans un mot, et le festin fut interrompu…

Après une nuit de réflexion, il décida de convoquer la Reine le lendemain.

– « Vous rappelez-vous du jour où nous nous sommes rencontrés ? Je vous ai aimé, pas seulement pour votre beauté extérieure, mais aussi pour celle de votre cœur. Mais hélas, depuis quelque temps, je ne reconnais plus la personne dont je suis tombé éperdument amoureux… Une personne telle que vous êtes devenue ne mérite pas d’être mon épouse, et de gouverner le royaume à mes côtés plus longtemps ».

Il la destitua de son titre, la chassa du royaume, et personne ne la revinre plus jamais depuis ce jour…

Ce conte illustre parfaitement un proverbe lao qui dit : « khouaï leum tine« , qui se traduit littéralement par « le buffle qui oublie ses pattes« . Mais on entend par là une personne qui a oublié ses origines, d’où elle venait et qui elle était.

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